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Die Laudatio 2004
SCNAT - The House of Sciences


Prix Expo 2004

Prix Expo 2004 der Akademie der Naturwissenschaften
Die Ausstellung «Mouches» im Muséum d’histoire naturelle in Neuchâtel
Preisverleihung, 26. November 2004 im Muséum

Laudatio de Caroline de Watteville, membre du jury Prix Expo, chargée des activités culturelles, CHUV, Lausanne

«Madame la Directrice des Affaires culturelles, Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, Mesdames et Messieurs, c’est un privilège pour moi d’avoir à prononcer cette laudatio et je tiens tout d’abord à en remercier l’Académie suisse des sciences naturelles. L’attribution de son Prix Expo est en effet une ouverture formidable pour nous, les membres du jury. Une ouverture qui ressemble fort à celle que nous allons chercher dans les expositions en lice: au-delà des frontières cantonales et linguistiques, et du dangereux cloisonnement des savoirs.

Le constat est clair et le jeu de mot tentant: les entomologistes ont encore fait mouche. Après l’exposition «Le Monde merveilleux des insectes» du Musée d’histoire naturelle de Lucerne, le Prix Expo est décerné cette année à l’exposition «Mouches» du Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel. Et ce à vrai dire presque à l’insu des mouches qui auraient pu être un handicap si un des critères du Prix Expo était un tournus dans les disciplines primées. Mais tel n’est pas le cas. Et il semblerait à entendre M. Cristophe Dufour, conservateur du Muséum d’histoire naturelle, selon qui les entomologistes passent pour des êtres très ennuyeux, que le Prix Expo contribue aussi à sa façon à faire tomber les idées préconçues !

A propos d’entomologiste pas ennuyeux du tout, il y a aussi un naturaliste incontournable vu les liens qui le relient à la ville de Neuchâtel, l’écrivain Nicolas Bouvier, «héritier insolite des grands naturalistes genevois», cité par ailleurs dans l’exposition pour sa haine des mouches qu’il évoque dans l’usage du monde. Nicolas Bouvier a peut-être survécu à ses heures les plus sombres, décrites dans Poisson-scorpion, grâce à son goût pour l’«entomologie sauvage» - ce sont ses termes - et pour avoir su trouver le contre-poison nécessaire dans l’observation de ses «minuscules interlocuteurs» à la vitalité éperdue.

Une même contagion de vitalité semble avoir irrigué l’imagination des concepteurs de l’exposition Mouches qui grouille et fourmille de propositions ! L’approche naturaliste des diptères et de l’univers de la mouche, de son extraordinaire diversité et de ses écosystèmes, est élargie par une approche médicale traitant du paludisme, de la malaria, de la maladie du sommeil ou encore de l’asticothérapie, et par des approches artistique, littéraire et linguistique. Tout converge à nous amener à une vision plus complexe de la mouche et à favoriser une remise en question de nos a priori. Et fort probablement à lui laisser la vie sauve au moment de son procès final qui est aussi le nôtre, celui de notre ignorance d’avant la visite de l’exposition. Cette démarche transversale, pluridisciplinaire, nous menant à cette prise de conscience, s’appuie de surcroît sur une muséographie tout aussi élaborée et séduisante.

Il est intéressant de remarquer que l’exposition s’inscrit dans un contexte bien précis et dialogue avec les expositions d’un musée voisin, le Musée d’Ethnographie, qui a placé la ville de Neuchâtel au cœur des questions de muséologie. Jacques Hainard, son Directeur, nous expliquait justement lors d’un cycle de muséologie de l’AMS, l’Association des musées suisses, que la réussite d’une exposition se vérifie quand le visiteur sort du musée en se questionnant sur sa propre façon de penser. Autre affinité avec les expositions de Jacques Hainard, la connivence avec l’art contemporain et «sa lecture pointue du monde». En effet, le visiteur de l’exposition Mouches n’est pas prêt d’oublier le moment où il s’est trouvé au chevet des victimes du paludisme ou devant des essaims de mouches contenus par des moustiquaires. Cette mise en situation évoque les installations d’art contemporain, entre autres les cellules de Louise Bourgeois et les memento mori de Damien Hirst avec ses nuages de mouches aux prises avec la tête tranchée d’un veau. Même le cinéaste Yves Yersin semble se prendre au jeu et rend un hommage aux installations vidéo de l’artiste français Pierrick Sorin, de renommée internationale.

Parmi les références utiles à la communication scientifique, il est nécessaire de citer Edgar Morin qui à la demande de l’UNESCO a publié récemment, en 2000, une synthèse de son œuvre, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, «un viatique minimal pour nous aider à regarder l’avenir en face». Il y écrit: «Le développement de l’intelligence est inséparable de celui de l’affectivité, c’est-à-dire de la curiosité, de la passion qui sont les ressorts de la recherche philosophique ou scientifique». Et l’on retrouve la même vision chez Pierre Boulez, compositeur et chef d’orchestre, qui lors d’une récente interview déclare: «J’espère que l’académie puisse inculquer la curiosité parce qu’elle est le moteur de l’action. Sinon, c’est la mort lente».

Je terminerai cette laudatio en me reportant au début de l’exposition, c’est-à-dire en évoquant la bande sonore qui introduit malicieusement l’exposition et nous met dans le secret de sa préparation où de toute évidence le sujet des mouches surprend les interlocuteurs. Et la surprise, on le devine, ira grandissant à la vue de l’exposition. Sous la plume de Marguerite Duras la mort d’une mouche ordinaire est devenue un impitoyable face à face avec la mort, notre mort. L’exposition Mouches nous montre aussi que suivre une mouche ordinaire peut nous relier aux grandes questions d’aujourd’hui, à leurs enjeux, et nous remettre en question.

J’ai le plaisir de féliciter les concepteurs et réalisateurs de l’exposition ainsi que la Direction du Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel au nom du jury du Prix Expo 2004 et de l’Académie suisse des Sciences naturelles. Et nous espérons que ce prix contribuera aussi au succès de l’exposition Mouches.

Je vous remercie.»